"Gone Girl" de David Fincher, 2014. David Fincher n’a jamais été très doué pour filmer les sentiments. Cinéaste d’envergure, c’est-à-dire délibérément panoptique, dans l’espace mais aussi et surtout dans le temps. Par nature éphémères, les sentiments...
Cas d’école : Adieu au langage (Jean-Luc Godard) On peut entendre, ici ou là, la même désagréable ritournelle chez certains défenseurs de Godard (pour les autres, c’est plié). A titre d’exemple, ce summum de grand n’importe quoi : On ne se hasardera pas...
Notes sur le plus french friendly des cinéastes américains. « C’est dans la boîte », dit-on communément d’une scène réussie. Le mérite (et la limite) du cinéma de Wes Anderson est de prendre cela au pied de la lettre. De mettre ses personnages et leur...
Et si, pour parler d’American Sniper, on pouvait un instant (le temps d’un film), le regarder avec les yeux d’Eastwood ? Ce serait déjà un bon début. Il ne s’agit donc pas de ce qu’on voudrait y voir, mais d’y voir ce qu’il y a. Il en va ainsi depuis...
Avec Speed Racer commençait le nécessaire deuil d’un frère qui n’aurait pas vraiment disparu. Fantôme déjà, Larry y consentait à jouer une dernière fois avec Andy, ce seraient des voitures, on ferait la course... Mais Larry déjà regardait avec envie la...
Cas d’école : Jean Epstein, Léviathan (Lucien Castaing-Taylor et Verena Paravel, 2012), Sombre (Philippe Grandrieux, 1999) De la nécessité des fables Si le cinéma révoque le vieil ordre mimétique, c’est qu’il résout la question de la mimesis à la racine...
Il y a presque vingt ans, avec Incassable, Shyamalan posait déjà la question : qu’est-ce qu’un (super)-héros, et son corolaire, un (super)-vilain ? Dit autrement, comment l’humanité, d’un côté comme de l’autre de la morale, pourrait atteindre son dépassement...
Il est une tradition critique qui consiste depuis longtemps à rejeter un film sitôt posée dessus une grille de lecture morale. Tradition qui ne vient pas de nulle part, trouve sa source dans Les Cahiers du cinéma. C’est à mon avis Serge Daney qui cristallisa...
Bruno Dumont, P'tit Quinquin, jusqu'au 25 septembre, sur Arte. Il devrait être évident que Dumont ne rigole en rien sur le dos du ridicule qui anime ses personnages, autant que ses interprètes. Ainsi Bernard Pruvost (le Commissaire), nous dit-il, n’a...
Lorsqu’il s’agit de filmer les sentiments, ou pour parler comme Jacques Rancière effectuer un « partage du sensible », le modèle problématique demeure Brecht. Partant du principe qu’un sentiment s’éprouve ou non pour le spectateur, qu’il revient d’abord...
De tous les récits qui ont trait à la force de la représentation, L’invention de Morel est l’un des plus fascinants. Dans ce court roman, Adolfo Bioy Casares met en scène un jeune homme en fuite, réfugié sur une île où se répètent, chaque jour, les mêmes...
Van Gogh (Maurice Pialat) « L’histoire d’un type qui s’appelle Van Gogh et qui n’en a rien à foutre », disait Pialat. Lequel semble aussi n’en avoir rien à foutre, et c’est ce qui en fait le chef-d’œuvre du genre : moins la vie de Van Gogh que la vie...
Christophe Donner, Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive Longtemps et à juste titre, il fut dit que le cinéma français, c’est-à-dire celui de la Nouvelle Vague plus et bien mieux que les adaptations littéraires estampillées...
Boyhood (Richard Linklater, 2014) A l'heure commencée des mémoires numériques, on se dit que les autobiographies futures auront largement de quoi être documentées. Par quoi le pacte établi avec leurs lecteurs ne sera plus seulement ce seul pacte de confiance,...
Mommy, Xavier Dolan (2014). Dolan aura été le sujet comme l’objet d’une double précipitation, la sienne et celle des critiques, ensemble soumis au même taylorisme créatif. On a dit, mais c’est maintenant trop tard, que ce n’était pas forcément lui rendre...
Sa voix était à Robin Williams ce que son visage est à Jim Carrey. Un instrument infiniment modulable et changeant, cependant propre à cacher plutôt qu’à révéler quelque chose, une arme en apparence rendue inoffensive : c’est peut-être là que résidait...
Le cas d’école : Intouchables (Eric Toledano et Olivier Nakache) Il sera question ici de la critique des films à forte teneur sociologique. Beaucoup en on peur. A raison. Règne du scénario (des dialogues), foin de mise en scène, risque déjà couru du cliché...
Les Enfants, court-métrage (31 mùinutes) de Jean-Sébastien Chauvin (2014). Il arrive parfois, sans annonce, qu’un film au même titre qu’une photo, provoque chez celui qui le regarde une saillie qui rassemble à la fois son histoire personnelle et quelque...
« Quand il a dit qu’il n’y avait que les hommes qui étaient exhibitionnistes, j’ai eu envie de me lever et de baisser mon pantalon... » Ainsi intervient Laurie Zimmer dans Une sale histoire (1977), de Jean Eustache. C’est un an après Assaut (1976), de...
L’un bande, l’autre pas. Comparons, puisque c’est la loi du remake. A ma gauche, le brûlot de Paul Verhoeven, à ma droite, son reboot facho par José Padilha. De l’un à l’autre, quelque chose évidemment s’est perdu. Ce que Verhoeven avait bien compris...
L’horizon du « feel good movie », on le sait , c’est la pub. Son mécanisme aussi est connu, depuis longtemps mis à jour par la philosophie, celle de Deleuze au premier chef, soit les chaînes désirantes, qui conduisent chacun à désirer quelque chose, non...
Mad Max Fury Road ne saurait être une suite. Plus et mieux, il s’agirait plutôt d’une confirmation. En son titre déjà s’énoncent un nom que l’on ne présente plus, ainsi qu’un même programme, qu’il s’agira de suivre non jusqu’à son terme mais sur le mode...
Dans l’ombre de Resnais, Harold Ramis aura prématurément disparu. Il faut se souvenir de son chef-d’œuvre, Un jour sans fin, la plus conceptuelle des comédies romantiques, pas si éloignée au fond, du cinéma de Resnais. Si faire un film revient à faire...
Her, donc. Qui est-elle ? Une voix. Sans corps. Une actrice. Scarlett Johansson. Et un acteur, Joachin Phoenix, que Spike Jonze a la bonne idée de grimer assez pour couvrir un bec-de-lièvre adéquat (autant dire une béquille de jeu), d’une moustache providentielle....
Godard n'a jamais été un penseur accompli. Ses films ont toujours réfléchi à sa place, comme les miroirs de Cocteau. On connaît le principe de son montage, emprunté au cubisme et conséquemment à la métaphore selon Reverdy : plus les images seront d’abord...